Depuis quelques jours, après quelques balbutiements épars, quelques montagnes russes au niveau du moral (niveau 0,5 sur l’échelle de Richter néanmoins, rien de folichon, ça monte, ça descend et ça fait des sensations bizarres dans l’estomac).S’est posée alors la question de savoir où j’en suis, de ce que je veux, de ce que je suis. Tant de questions. Pourquoi se les poser, pourquoi même y répondre ? Je me retiens de crier cette injustice à la face du monde, de lui cracher ma haine, ma rancœur, de lui demander ce qu’il a fait pendant toutes ces années, où il était, pourquoi d’un coup il s’en revient, pourquoi ce sourire, pourquoi cette inconstance. Hurler jusqu’à m’en faire éclater les poumons, m’en arracher la gorge, que mes mots, chargés de sang leur explosent tous à la figure, les blessent, les contaminent de mes peurs sourdes, de mes angoisses incessantes et viscerales, les fassent à leur tour aussi souffrir. Hurler cette injustice aveugle, leur ouvrir les yeux, les forcer à regarder ces stigmates à peine cicatrisées, immondes, que je dois chaque jour leur cacher pour les ménager.Exhiber ce visage déchiré et en lambeaux, ôter ce masque étrange, ni organique ni minéral, dont le poison me ronge, me défaire de ces chairs putrides ô combien haïes, que je porte et m’emprisonnent ; n’être plus qu’un corps écorché et décharné, une vague aura de lumière noire, de franges de ténèbres de plus en plus intenses. Jusqu’à exploser. (…)
Il faut convenir que cette année on s’est donné du mal pour la thématique des journées du patrimoine. L’an passé, c’était l’invitation au voyage – luxe calme et volupté au programme – tandis que cette fois-ci, un sujet quelque peu fourre-tout est sorti du chapeau : « le patrimoine caché ». Quel enchantement mes amis ! Nous serait-il enfin permis de connaître les dessous de notre culture, ses travers, ses dossiers inavouables et classés secret défense ? Car qui dit « secret » et « caché » dit forcément que l’on a quelque chose à se reprocher. Et cette seule perspective suffit à me mettre en émoi. Je m’imagine déjà, loupe en main, deerstalker sur le crâne et pipe calebasse en écume de mer à la bouche – et peu importe que je sois non fumeur –, traquant dans les moindres recoins la plus infime trace d’un quelconque indice. Mais au final, que cherché-je ?
Avant de se lancer dans une quête effrénée il faudrait déjà s’arrêter sur l’objet même de la recherche. Le patrimoine, pas de souci, je pense connaître un petit peu. Notion vague qui réserve encore quelques bonnes surprises. Quant à savoir pourquoi il serait caché, peut-être est-ce à dessein ? Pour nous permettre quelques années, décennies ou siècles plus tard de redécouvrir encore et toujours ce que l’on croyait connaître, le plus souvent au coin même de la rue ? Une partie de cache-cache monumentale s’engagerait donc alors entre le visiteur peu ou prou averti et les méandres abyssaux, insondables, du patrimoine. En définitive, c’est un peu comme redécouvrir une pièce ou un billet oubliés au fin fond d’une poche : c’est la joie, la jubilation, l’impression d’être privilégié qui nous étreint.
J’émets néanmoins quelques réserves : ne risque t-on pas ce week-end d’assister à une véritable ruée vers le patrimoine ? Des hordes en folie, assiégeant les monuments, musées, parcs et autres galeries, clamant à corps et cri « On veut du patrimoine!» Calmons nos ardeurs et prenons notre temps, il ne faudrait pas tout découvrir d’un coup ; laissons encore, pudiquement, quelques voiles, aussi légers soient-ils, habiller une culture parfois si atrocement dénudée qu’elle en devient vulgaire. Rendons-lui son potentiel érotique, faisons en sorte qu’un rien subjugue les foules. Plus rien ne semble émouvoir, tout semble avoir été découvert et nous voici obligés d’aller explorer quelques autres mondes arides. Car après tout, le patrimoine est-il une énergie rapidement renouvelable ? C’est la crise à tous points de vue, les plus démunis de la culture peuvent se sentir dépossédés et préférer rester chez eux à regarder TF1, en se disant que si le patrimoine est caché, eh bien il peut le rester, rien ne sert de se bouger. Aussi, pour ces curieux les moins courageux, il faudrait inventer un « patrimodar ». Un objet qui au choix clignoterait, vibrerait, sifflerait ou enverrait des signaux de fumée à proximité d’un morceau choisi et succulent de patrimoine. De quoi se régaler l’esprit à peu de frais : on oublie bien trop souvent la nourriture de l’esprit ; après tout rien n’empêche de faire passer un livre sur l’hérésie cathare avec une glace et deux kilos cinq de crème chantilly.
En attendant, cette année encore, je ne pourrai pas partir comme je le voudrais à la recherche du Patrimoine Perdu, coiffé de mon fidèle Fedora. Je suis de permanence, je repasse de l’autre côté de la barrière, je redeviens à nouveau guide (quelle idée d’en faire son métier!). Au passage, un petit miracle ne serait pas de refus pour tenir une heure à Notre-Dame de D****… Car si j’échoue, vous savez d’ores et déjà ce qu’il me restera à faire.
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S’il ne me reste plus que quelques pièces en poche,
Je n’ai nul regret d’avoir tout dépensé en si bonne compagnie
De tout le mal que j’ai jamais pu faire,
Je ne fus hélas ! que le seul à en souffrir
Mes souvenirs déjà se troublent,
Mes chers amis,
Il est temps pour moi de prendre un dernier verre
Bonne nuit, et amusez vous encore sans moi
S’il me restait assez d’argent
Et de temps libre pour m’asseoir encore un peu
Il y a dans cette ville un garçon
Dont mon cœur s’est épris
Son beau visage,
La douceur de ses lèvres
Ont suffit à m’enchanter
Versez moi donc un dernier verre
Bonne nuit, et amusez vous encore sans moi
Tous mes camarades d’un soir
Voudraient me retenir encore un moment
Et mes amants
Une nuit de plus
Mais il est maintenant temps pour moi
De m’en aller, et pour vous de rester assis
Lentement je me lève et doucement vous souhaite
Bonne nuit, et de vous amuser encore sans moi.
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J’avais depuis quelques temps l’impression de maîtriser un tout autre langage, qu’à force de parfaire, de peser mes actes et mes mots, de scrupuleusement leur conférer le sens qui leur était pleinement du, je ne comprenais plus trop ce que me disaient les autres, si bien que j’écoutais poliment, alors que mon esprit restait nébuleux, vaporeux. Comme absorbé ailleurs par d’autres pensées, par ce que j’allais dire, comment. Pourquoi. Une interruption d’une heure ou plus ne me dérangeait guère pour poursuivre un raisonnement commencé bien plus tôt. J’en étais devenu perfectionniste. J’avais développé cette curieuse addiction. Puis, tout à coup, à force de me concentrer, j’en suis devenu immobile. J’ai vu ce monde s’agiter tout autour de moi, passer bien trop vite alors que je regardais, tendais doucement la main, sans me presser, pour capturer quelques bribes éparses, quelques volutes de fumée, étranges lucioles de réalité qui tournaient et viraient tout autour de moi ; toujours avec un temps de retard pourtant, avec indifférence.
Et il y eut un soir cette curieuse envie de partir, en fermant doucement la porte. En regardant derrière soi. En se demandant ce que cela changerait, si cela changerait. S’il était possible d’oublier, ne serait-ce qu’un temps. Ou bien davantage. S’il fallait même oublier. Peut-être qu’en partant chasser un rêve qui depuis bien longtemps m’habitait, m’obsédait, cela allait s’arranger ? Une sorte de photographie que j’aimais de temps à autre ressortir et regarder. Je n’emmène rien que ma plume, pour ne conserver que dans mon esprit, dans ma mémoire parfaite et fantasque, ces quelques images que nul appareil ne saurait jamais capturer et reproduire.
(Je crois surtout que j’ai peur d’être déçu.)
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Cela devait bien faire deux ans que je ne suis pas parti en vacances, au sens propre du terme. Les quelques week-ends, escapades diverses que j’ai pu grappiller sous de futiles raisons ne comptaient pas pour beaucoup. Je ressentais le besoin de décoller. Alors je m’étais généreusement octroyé deux semaines. Sans soldes remarquez, ce qui est de suite plus facile. Départ un mardi. Restait un point à éclaircir, j’avais entendu au JT de France 2 entre un reportage sur la baisse des prix de l’essence (de quoi s’acheter un paquet de crocos Haribo et un cookie Subway par plein avais-je calculé) et un quelconque roman de gare à la mode qu’une grève ou un souci technique perturbait les liaisons aériennes. Je n’y avais pas prêté attention, jusqu’à ce que je reçoive un appel. Premières explication emmêlées, présentation confuse, gêne apparente. Il faut, à ce stage, avouer qu’il était près de 11h et que je venais à peine de me lever, ce qui n’aidait en rien la pauvre dame que j’avais au bout du fil.
MOI – Mais donc, vous êtes en train de me dire que mon vol va être annulé quoi ?
ELLE – Oui, non, enfin pas vraiment… Nous avons eu des problèmes techniques importants sur la navette numéro 4.
MOI – Oui. Et ?
ELLE – Et… Nous sommes en train de voir pour faire en sorte que les passagers puissent embarquer sur d’autres vols, soit un peu plus tôt, soit plus tard. Si ce n’est même apprêter une autre navette spéciale, mais vous comprenez, à cause des régulations, ce sera forcément décalé…
MOI – Ah. Et du coup, ça me fait arriver à quelle heure cette histoire ?
ELLE – Au plus tard une heure trente…
MOI – Je m’attendais à pire.
ELLE -… du matin.
MOI – … (Silence.)
ELLE – Monsieur ?
MOI – Hmm ? Oui ? Pardon. C’est fâcheux ce que vous me dites là… Je ne fais qu’une escale de deux jours à peine, et je comptais profiter du coucher de…
ELLE – Je me doute, notre compagnie est vraiment désolée, nous faisons tout notre possible pour remédier à la situation.
MOI – Remarquez, je n’y vais pas que pour ça, je m’étais juste dit que deux jours c’était pas trop mal pour changer d’atmosphère, et que du coup, j’aurais pu aller traîner sur les ponts supérieurs vous voyez. Juste que je vais repartir avant le suivant. Je présume que je pourrais revenir une autre fois.
ELLE – Vous avez déjà réservé votre place retour ?
MOI – Hélas oui. Mais avec un peu de chance, peut-être qu’il y aura une grève.
ELLE – (rire) Je n’espère pas. Je vous remercie en tout cas pour votre compréhension.
La tête ailleurs, pensant à ce voyage qui allait bientôt arriver, je raccrochai. J’aurais vraiment apprécié de voir un coucher de Terre.
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Tenant mon vélo à la main et marchant tout de même sur le trottoir, j’avançai dans l’air humide de cette nuit encore chaude. Je voyais au loin quelques éclairs zébrer silencieusement le ciel, l’illuminer un court instant, figer cette étrange scène, puis disparaître doucement. Et quelques instants ensuite, reprendre leur manège. Je m’arrêtai au dessus d’un pont, posai mon vélo, m’accoudai. Un éclair. Une… Deux… Trois… Quatre… Après presque une minute, rien. Étrange. Aucun bruit de tonnerre. Il n’y avait rien à craindre alors, cela voulait dire que l’orage était loin, mais les éclairs semblaient pourtant proches. Je laissai mon regard glisser plus en bas, le long des berges. A gauche du canal qui serpentait ci et là, il y avait d’anciens quais qui le surplombaient d’un ou deux mètres, éclairés par quelques lampadaires épars, des trains de marchandises anciens qui semblaient ne pas avoir bougé depuis des lustres, de hauts entrepôts de béton et tôles oxydés. De l’autre côté, dans le noir, on devinait quelques roseaux et autres plantes aquatiques qu’un léger remous venait à peine perturber. Aucune barrière n’empêchait quiconque de plonger si l’envie s’en était ressentie. Pour ma part, hormis contre quelques centaines de milliers d’euros et un ou deux tranquillisants, je ne me serais jamais risqué à cette drôle d’aventure. On avait beau prétendre que le canal n’était plus celui des années 1970, je conservais à son égard une méfiance prononcée.
Il se remit tout doucement à pleuvoir. Je restai d’abord immobile, à regarder les gouttes tomber dans l’eau, perdu dans quelques pensées sans grand intérêt. Le ciel commençait à se couvrir et les éclairs se faisaient de plus en plus fréquents. Il était peut-être plus judicieux d’aller s’abriter un instant. Je n’étais plus trop grisé, les effets de l’alcool s’étaient un peu dissipés. J’enfourchai donc promptement le vélo, et quelques secondes après je trouvai un petit abribus. A peine le temps d’y rentrer que ce fut le déluge. La pluie tombait à grosses gouttes, pourtant, on apercevait encore brièvement les étoiles et un croissant de lune. Cette image me donna subitement faim. On n’entendait plus qu’un grondement sourd, celui des trombes d’eau qui s’écoulaient du ciel, formant un rideau si épais que je n’arrivai même pas à distinguer l’autre côté de la rue et les voitures environnantes. Je risquai de rester là quelques moments, du moins en attendant une possible accalmie. L’eau s’illuminait au rythme des éclairs qui ne s’arrêtaient guère, si bien que deux minutes durant j’eus l’impression d’être en plein jour. Je distinguai quelques ombres tout au plus et j’eus presque l’impression que certaines bougeaient. Je m’assis sur le petit banc en plastique et regardai ce spectacle étrange. Une sorte de version aquatique d’un théâtre d’ombres chinoises. La lumière du plafonnier se mit alors à vaciller, un léger grésillement se fit entendre. Inquiet, je levai les yeux – je ne voulais pas finir électrocuté. Je me retrouvai soudain dans le noir le plus complet, les lampadaires alentours avaient également lâché prise, seule la dynamo du vélo fournissait encore pour quelques temps une source de lumière. Plus un seul éclair. Le prochain bus passait à 07h43. Prenant mon mal avec patience, je décidai d’attendre encore un peu. Il faisait de plus en plus chaud et la pluie ne jouait pas son rôle rafraîchissant. Une odeur épaisse et prenante s’élevait du goudron, j’avais l’impression qu’il venait tout juste d’être fondu. Je passai la tête hors de l’abribus. Mes cheveux, qui étaient pourtant encore humides, se retrouvèrent en un clin d’œil et par je ne sais quel miracle de la nature, encore plus mouillés qu’avant. J’agitai le tout de droite à gauche vivement pour au moins égoutter le plus gros. Quelques gouttes en profitèrent au passage pour couler le long de mon dos ; elles étaient chaudes.
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Je me souvenais d’un petit couloir aux lumières rouges, d’une autre porte… Et de quelques verres. Plusieurs. Je ne savais même pas comment j’avais pu me payer tout cela avec quelques pièces à peine, comment j’avais surtout pu ingurgiter tant d’alcool. Je n’avais pas encore mal au crâne, mais je savais que ça n’allait pas tarder, ou du moins que je le regretterai demain matin. Quant à l’heure… C’était un peu râpé pour le vélo, en espérant qu’il fût encore là. J’étais assis dehors, sur le trottoir, les pieds dans le caniveau, la tête dans les mains en somnolant, je voyais des volutes de fumée s’envoler ci et là, mes habits et mes mains empestaient le tabac. Il n’y avait plus personne dans la rue, le videur devait être parti depuis longtemps déjà. Je fixai un pavé devant moi, pour ne pas chanceler malgré ma position. Tant bien que mal, je me relevai et titubai jusqu’à la porte du bar. J’avais faim. Fermée, bien entendu.
Il était peut-être temps de rentrer chez moi. C’était bien plus prudent. Le vélo était encore de l’autre côté de la route. Une bonne chose. Je regardai à gauche, puis à droite avant de traverser. Puis à nouveau à gauche. Personne. Je pouvais envisager de traverser. Une dernière fois, je vérifiai tout de même, histoire d’être sûr… Avec douceur, je descendis un pied sur la route, m’assis en m’accrochant fermement au trottoir, et pu enfin descendre l’autre pied lorsque je fus sûr d’avoir bien assuré ma prise. Je contrôlai autour de moi qu’aucune voiture n’avait surgi de façon intempestive. Il fallait y aller doucement, je suspectai fortement les pavés d’être traîtres et de pouvoir bouger à tout moment. On n’est jamais trop sûr avec des morceaux de cailloux qui avaient été arrachés à leur environnement naturel et explosés en plusieurs morceaux pour ensuite être écrasés par des milliers de véhicules tous les jours. Je tâtai le premier pavé du bout du pied. Ça devrait aller. Au bout d’un temps court, que j’estimais à une bonne demi-heure, en ayant à chaque fois regardé de chaque côté de la route pour ne pas être surpris, et testé la solidité du sol à plusieurs reprises, je finis de traverser à quatre pattes, moyen assurément le plus sûr pour ne pas chuter.
J’arrivai enfin face à mon fidèle destrier. L’empoignai et décidai de partir fièrement. J’oubliai néanmoins qu’il était attaché et le sol, fort aimablement, vint me rappeler que l’antivol devait d’abord être libéré. Je me disais que j’avais en effet oublié un léger détail. Je m’approchai donc tant mal que bien du dispositif, et l’observai avec attention. Après une brève étude, je grimaçai. Il y avait des chiffres. Très mauvais signe. Je devais avoir environ 9999 possibilités. A raison d’une demi-minute par tentative, je devrai en avoir fini avec d’ici trois jours et demi. Parfait. Ce n’était pas comme si je n’avais pas que ça à faire. Je décidai néanmoins de m’asseoir un peu histoire de stabiliser mon centre de gravité, qui devait à l’heure actuelle se situer approximativement entre le troisième et le quatrième métatarse de mon pied gauche.
L’air était encore chaud et le macadam refluait cette odeur étrange de pluie. A à la lumière d’un lampadaire, il faisait néanmoins encore bien nuit. Si j’attendais un peu, peut-être que le jour ne tarderait pas à se lever ? Je levai les yeux, scrutai le ciel et les étoiles. Je m’allongeai un peu et cherchai la grande ourse, sa petite sœur et Orion. Quant au reste des constellations, j’ignorai complètement qui elles étaient. Qui avait décidé de leur forme ? Pourquoi ne laissait-on pas aux gens le soin de décider par eux-mêmes de ce qu’ils voyaient, de ce qu’ils voulaient ? Y avait-il des gens dont le métier était de scruter les cieux et d’y dénicher des constellations ? Un peu comme les nuages, j’essayais de repérer et d’interpréter à ma guise quelques possibilités intéressantes. Après avoir baptisé, non sans émotion, les constellations du crocodile Haribo, du brachiosaure, du porte-serviette, du Stabilo et du hérisson, je me dis que finalement j’avais une piste tout à fait sérieuse pour me reconvertir au cas où mes études ne me menaient à rien.
Rassuré, mon état s’étant amélioré, je décidai donc de me relever d’essayer à nouveau de relever le défi lancé par l’antivol. Au hasard j’essayai 0000. Rien, bien entendu. Soupir. 0001. 0002. 0003. Ce manège dura jusqu’à 0404, quand je me souvins soudain que j’avais pour habitude de le noter dans un recoin de mon téléphone portable. Je cherchai celui-ci dans toutes mes poches, et ne le trouvant pas, je commençai à paniquer. Non pas que j’y attachai une importance primordiale, mais il devait y avoir deux ou trois messages que j’aurai aimé relire, et quelques numéros intéressants… Je sortis au passage quelques tickets de métro ainsi que deux ou trois numéros de téléphones noté sur des bouts de papier arrachés et qui sortaient de je ne sais trop où. Il faudrait que je fasse la lumière sur tout ça une fois douché et après quelques heures de sommeil. Soudain, je réalisai qu’il y avait quelque chose d’écrit sur les tickets de métro. Quatre chiffres à chaque fois, et parfois des numéros de téléphone. Au hasard, j’essayai. Les premières tentatives furent infructueuses, et ce fut seulement à la douzième que l’antivol s’ouvrit. J’avais certainement du oublier mon téléphone, si je ne l’avais pas volontairement laissé éteint chez moi pour ne pas être dérangé. Je me revoyais en effet le lancer rageusement contre mon lit, un vague souvenir de frustration et de déception, sans pour autant me rappeler pour quelle raison. Haussement d’épaule. Quinze numéros. La soirée n’avait pas été si mauvaise au final.
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